§ Le dîner. Le comte de Monte-Cristo

« Messieurs, dit-il, vous admettez bien ceci, n'est-ce pas, c'est qu'arrivé à un certain degré de fortune il n'y a plus de nécessaire que le superflu, comme ces dames admettront qu'arrivé à un certain degré d'exaltation, il n'y a plus de positif que l'idéal? Or, en poursuivant le raisonnement, qu'est-ce que le merveilleux? Ce que nous ne comprenons pas. Qu'est-ce qu'un bien véritablement désirable? Un bien que nous ne pouvons pas avoir. Or, voir des choses que je ne puis comprendre, me procurer des choses impossibles à avoir, telle est l'étude de toute ma vie. J'y arrive avec deux moyens: l'argent et la volonté. Je mets à poursuivre une fantaisie, par exemple, la même persévérance que vous mettez, vous, monsieur Danglars, à créer une ligne de chemin de fer; vous, monsieur de Villefort, à faire condamner un homme à mort, vous monsieur Debray, à pacifier un royaume, vous, monsieur de Château-Renaud, à plaire à une femme; et vous, Morrel, à dompter un cheval que personne ne peut monter. Ainsi, par exemple, voyez ces deux poissons, nés, l'un à cinquante lieues de Saint-Pétersbourg, l'autre à cinq lieues de Naples: n'est-ce pas amusant de les réunir sur la même table?

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