§ La main de Dieu. Le comte de Monte-Cristo

— Cette grâce, misérable! tu la regardas cependant comme une grâce quand elle te fut faite; ton lâche coeur, qui tremblait devant la mort, bondit de joie à l'annonce d'une honte perpétuelle, car tu t'es dit, comme tous les forçats: Il y a une porte au bagne, il n'y en a pas à la tombe. Et tu avais raison, car cette porte du bagne s'est ouverte pour toi d'une manière inespérée: un Anglais visite Toulon, il avait fait le voeu de tirer deux hommes de l'infamie: son choix tombe sur toi et sur ton compagnon; une seconde fortune descend pour toi du ciel, tu retrouves à la fois l'argent et la tranquillité, tu peux recommencer à vivre de la vie de tous les hommes, toi qui avais été condamné à vivre de celle des forçats; alors, misérable, alors tu te mets à tenter Dieu une troisième fois. Je n'ai pas assez, dis-tu, quand tu avais plus que tu n'avais possédé jamais, et tu commets un troisième crime, sans raison, sans excuse. Dieu s'est fatigué. Dieu t'a puni. »

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