§ L'aveu. Le comte de Monte-Cristo

— Eh! Parfaitement, mon bon ami, et je vais vous le prouver en mettant les points sur les i, ou plutôt les noms sur les hommes. Vous vous êtes promené un soir dans le jardin de M. de Villefort; d'après ce que vous m'avez dit, je présume que c'est le soir de la mort de Mme de Saint-Méran. Vous avez entendu M. de Villefort causer avec M. d'Avrigny de la mort de M. de Saint-Méran et de celle non moins étonnante de la marquise. M. d'Avrigny disait qu'il croyait à un empoisonnement et même à deux empoisonnements; et vous voilà, vous honnête homme par excellence, vous voilà depuis ce moment occupé à palper votre coeur, à jeter la sonde dans votre conscience pour savoir s'il faut révéler ce secret ou le taire. Nous ne sommes plus au Moyen Âge, cher ami, et il n'y a plus de Sainte-Vehme, il n'y a plus de francs juges; que diable allez-vous demander à ces gens-là? Conscience, que me veux-tu? comme dit Sterne. Eh! Mon cher, laissez-les dormir s'ils dorment, laissez-les pâlir dans leurs insomnies, et, pour l'amour de Dieu, dormez, vous qui n'avez pas de remords qui vous empêchent de dormir. »

Search
Author(s)