§ Le départ. Le comte de Monte-Cristo

« Il y a, continua-t-elle, des existences prédestinées dont une première faute brise tout l'avenir. Je vous croyais mort, j'eusse dû mourir; car à quoi a-t-il servi que j'aie porté éternellement votre deuil dans mon coeur? à faire d'une femme de trente-neuf ans une femme de cinquante, voilà tout. À quoi a-t-il servi que, seule entre tous, vous ayant reconnu, j'aie seulement sauvé mon fils? Ne devais-je pas aussi sauver l'homme, si coupable qu'il fût, que j'avais accepté pour époux? cependant je l'ai laissé mourir; que dis-je mon Dieu! j'ai contribué à sa mort par ma lâche insensibilité, par mon mépris, ne me rappelant pas, ne voulant pas me rappeler que c'était pour moi qu'il s'était fait parjure et traître! À quoi sert enfin que j'aie accompagné mon fils jusqu'ici, puisque ici je l'abandonne, puisque je le laisse partir seul, puisque je le livre à cette terre dévorante d'Afrique? Oh! j'ai été lâche, vous dis-je; j'ai renié mon amour, et, comme les renégats, je porte malheur à tout ce qui m'environne!

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