§ Le 5 octobre. Le comte de Monte-Cristo

— Écoutez, dit le comte, vous entendez bien mes paroles, n'est-ce pas, Maximilien? Vous ne me prenez pas pour un homme vulgaire, pour une crécelle qui émet des sons vagues et vides de sens. Quand je vous demande si vous êtes consolé, je vous parle en homme pour qui le coeur humain n'a plus de secret. Eh bien, Morrel, descendons ensemble au fond de votre coeur et sondons-le. Est-ce encore cette impatience fougueuse de douleur qui fait bondir le corps comme bondit le lion piqué par le moustique? Est-ce toujours cette soif dévorante qui ne s'éteint que dans la tombe? Est-ce cette idéalité du regret qui lance le vivant hors de la vie à la poursuite du mort? ou bien est-ce seulement la prostration du courage épuisé, l'ennui qui étouffe le rayon d'espoir qui voudrait luire? est-ce la perte de la mémoire, amenant l'impuissance des larmes? Oh! mon cher ami, si c'est cela, si vous ne pouvez plus pleurer, si vous croyez mort votre coeur engourdi, si vous n'avez plus de force qu'en Dieu, de regards que pour le ciel, ami, laissons de côté les mots trop étroits pour le sens que leur donne notre âme. Maximilien, vous êtes consolé, ne vous plaignez plus.

Search
Author(s)